Pascal Robaglia : « Repeignons l’habitat social parisien ! »

L’inauguration d’une fresque dans le XVe par la mairie de Paris, financée par le budget participatif, a poussé le galeriste Pascal Robaglia a lancer un appel à l’invasion artistique des quartiers déshérités de la capitale.

Récemment la fresque de Da Cruz dans la Cité des Périchaux a suscité des réactions plutôt contrastées. Telles que celles d’anonymes qui crient au scandale invoquant la laideur du street art – sans plus de discernement. Ou celles, plus argumentées, de défenseurs tels que le galeriste Pascal Robaglia qui lançait même un appel : « Pourquoi Paris ne repeint-il pas tous ces immeubles délabrés ou tristes dans ces quartiers les plus récents ? »

PASCAL ROBAGLIA : « Repeignons l’habitat social parisien !»

Certes, tout le monde a le droit de bouder ou d’apprécier les couleurs flashy de l’artiste parisien dans sa fresque de 50 m de haut. Mais au-delà des polémiques, Pascal Robaglia rappelle que « l’art est une nécessité inutile. Dans les besoins humains, il y en a tellement qui sont utiles. Cette caractéristique, celle d’être utile, est une propriété qui disparaît des manifestations artistiques, une pensée que je préciserai plus tard. »

Et le galeriste de poursuivre : « Les gens, comme tout autre être vivant sur la planète, ont des besoins de différents types et tailles. Par exemple, nous reconnaissons une gamme claire de besoins primaires ou vitaux : l’eau potable, la prise de nourriture, la respiration, les relations humaines, etc. Il y a d’autres types de besoins qui sont d’un second ordre. S’ils manquent nous ne mourons probablement pas en leur absence. Mais nous devenons dysfonctionnels ; comme s’habiller d’une certaine manière, fréquenter certains endroits, avoir certains types d’activités. Je crois qu’à un niveau spécial il y a le besoin esthétique. L’être humain ressent une propension innée à rechercher un autre besoin inutile ou probablement inutile en termes vitaux. Mais indispensable dans une mesure humaine ».

« L’être humain a développé les beaux-arts pour construire une sur-nature qui lui permet de modeler le monde ». Pascal Robaglia.

Selon Robaglia : « Nous ne nous contentons pas d’avoir une maison. Notre maison doit satisfaire un critère de beauté. Il ne suffit pas d’avoir un pichet pour boire de l’eau. Le pichet doit nous sembler attrayant. De ce point de vue, l’être humain est un individu esthétique.

Sous cette recherche, l’être humain a développé les beaux-arts. Car ils sont un mécanisme pour construire une sur-nature qui lui permet de modeler le monde et de créer des mondes. Depuis ce dicton, il n’y a pas d’humanité quand il n’y a pas de possibilité de créer et de générer de la beauté. Un peuple humainement élevé est un peuple qui recherche les arts et les encourage ».

Pascal Robaglia s’engage dans la politique esthétique de la ville de Paris.

Et le galeriste de conclure : « De ce point de vue, notre ville est dans un processus de re-humanisation, car il y a déjà un groupe de partisans qui essaient de ramener la municipalité à un exercice artistique, ceci à partir de différentes tranchées et ce que nous devons faire en tant que citoyens, c’est soutenir les manifestations artistiques, les promouvoir et les assister.

Notre rôle en tant que spectateurs est de promouvoir et de renforcer les artistes, et de veiller à ce que l’art remplisse sa fonction sociale ; de redonner vie à l’humanité qui nous cache. »

Au-delà de la nature esthétique consubstantielle de l’art que rappelle Robaglia, je veux pour ma part ajouter ses fonctions sociales. Celles qui vont au-delà de la valeur intrinsèque personnelle de ses bénéfices sociaux. Les individus et leur société sont dynamiquement liés. L’art communique. Le plus souvent, il est construit dans l’intention de partager des réponses et des opinions sur la vie avec les autres. L’art enrichit, informe et questionne notre monde. Lorsqu’elle est très valorisée, elle peut être à la fois un actif social et financier. L’art peut avoir de puissants effets transformateurs et réparateurs au sein d’une société.

Au-delà de l’aspect esthétique, rappelons que les liens entre la santé économique d’une communauté et la qualité de ses liens sociaux sont de plus en plus clairs. Robert Putnam et d’autres sociologues ont fourni des preuves convaincantes que des liens sociaux solides sont des ingrédients nécessaires à la réussite économique.

En cherchant les ingrédients qui affectent le bien-être physique des gens dans différents types d’endroits, le Dr Felton Earls, professeur de santé publique à Harvard, a mené une étude approfondie d’une quinzaine d’années dans les quartiers de Chicago. Ses recherches ont révélé que le facteur le plus important qui différencie les niveaux de santé d’un quartier à l’autre était ce qu’il appelait « l’efficacité collective ». Il a été surpris de constater que ce n’était pas la richesse, l’accès aux soins de santé, la criminalité ou un facteur plus tangible qui figurait en tête de liste. Un ingrédient plus insaisissable – la capacité des gens d’agir ensemble sur des questions d’intérêt commun – a davantage impacté la santé et le bien-être des individus et des quartiers.

Les communautés décrites ici ont trouvé des occasions pour les gens de se rassembler dans la création et la célébration de la culture. Ils ont développé leur capital social en coopérant, en partageant, en cherchant et en trouvant des objectifs communs, et en développant des liens sur le plan culturel. Ces liens servent bien ces collectivités dans leurs autres entreprises. Qu’il s’agisse de développement économique, de participation civique ou de modes de vie sains.

PROMOUVOIR L’INTERACTION DANS L’ESPACE PUBLIC

Les espaces publics et les marchés sont des ingrédients essentiels dans chaque communauté. L’espace public permet aux gens de se rencontrer et d’être exposés à une variété de voisins. Ces rencontres se font souvent par hasard. Mais elles peuvent aussi passer par une organisation active. L’art de promouvoir l’interaction constructive entre les gens dans les espaces publics a été presque oublié dans de nombreuses communautés. Les planificateurs, les architectes et les administrateurs publics se sont davantage concentrés sur la création de lieux esthétiques et sur le libre mouvement et l’entreposage des automobiles que sur la création de lieux qui encouragent l’interaction sociale. Plus récemment, les fonctionnaires se sont encore plus préoccupés de la sécurité et de la maximisation de leur capacité d’observer et de contrôler les gens dans les espaces publics.

William H. Whyte a affirmé que les espaces bondés, accueillants pour les piétons et actifs sont plus sûrs, plus productifs sur le plan économique et plus propices à des communautés civiques saines. « Ce qui attire le plus les gens, semble-t-il, c’est les autres « , a-t-il écrit. Depuis les années 1950, les urbanistes, les promoteurs, les décideurs et les ingénieurs des transports ont construit et modifié les collectivités dans l’autre sens.

Alors que la conception de l’espace public influence son utilisation, Project for Public Spaces note que 80% du succès d’un espace public est le résultat de sa  » gestion « . C’est-à-dire la façon dont l’espace est entretenu et les activités programmées. En d’autres termes, même dans les espaces les mieux conçus pour l’interaction publique, les activités doivent être planifiées, et l’espace doit être propre, sécuritaire et bien entretenu. Ou il est peu susceptible de bien servir les gens.

Les administrateurs des arts publics et les planificateurs culturels de toutes sortes peuvent jouer un rôle important dans la conception, la gestion et la programmation de l’espace public. De plus en plus, les artistes sont sollicités pour collaborer avec les architectes, les architectes paysagistes, les ingénieurs et les urbanistes dans la conception et la création d’espaces publics, de bâtiments, de routes, d’autoroutes et d’installations de transport en commun.

Aussi important que l’espace, l’œuvre d’art ou l’événement est le processus par lequel il est créé. Un défilé de marionnettes peut être simplement un groupe d’artistes marchant dans la rue. Il peut aussi être le résultat d’un long processus communautaire impliquant des centaines de résidents qui font un remue-méninges, construisent et peignent les marionnettes, planifient les activités et marchent avec leurs familles et leurs voisins. Gageons que Pascal Robaglia sera entendu.

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